Introduction à une exposition

- par Victor Barker

 

place infailliblement le centre de gravité de chaque pièce de telle façon que chaque partie du corps exprime sa propre tension, est remplie de sa propre énergie. La tête s’incline, le bras se tend – les autres parties du corps s’ajustent et l’équilibre de la forme entière change subtilement. On peut immédiatement sentir, lorsque le poids du corps est déplacé vers une partie inhabituelle, que l’ensemble se rééquilibre pour atteindre une stabilité absolue, par la puissance des genoux ou le contre-poids des fesses. Et pourtant les oeuvres de Ramon ne semblent jamais lourdes, et l’on perçoit un léger trait d’humour dans plus d’une de ses pièces.

Les artistes sont exhibitionnistes par nature. D’habitude, ils désirent montrer ce qu’ils ont créé. Quand leur sujet est le corps humain, il s’agit en même temps de l’exhibitionnisme de l’artiste et de son modèle. Les deux ont conscience de soi-même et des regards qui se poseront sur eux.


Mais Gérard Ramon n’exhibe pas son travail, il l’habite. Il recherche beaucoup plus que la simple présentation de surfaces parfaites. C’est un artiste qui a appris les dures leçons de la tradition classique et qui a ensuite développé son savoir-faire dans un style unique qui évite les culs-de-sac des théories contemporaines exagérées. Il a appris comment laisser son cœur guider sa tête et ses mains.


Grâce à son identification complète avec ce que ressentent ses modèles, Ramon

Pouvoir exprimer ses propres sentiments et les émotions profondes de ses modèles comme il le fait est magique. Il semble alors naturel qu’il ait choisi pour la réalisation de ses travaux des techniques d’alchimiste, transformant des métaux vils en créations qui sont réellement de l’or. Du léger trait de crayon au modelage tactile de la glaise, le savoir-faire de Ramon évolue vers l’emploi des outils de métallo pour transformer la dureté du bronze et du cuivre en êtres chauds et sensuels. J’ai du mal à croire que sa sculpture représentant la mère et l’enfant a commencé son existence sous forme d’une feuille de métal.

Pour la plupart des sculpteurs tout ceci serait déjà un aboutissement, mais Ramon ajoute un autre défi à relever dans son art. S’il crée des pièces grandeur nature ou même des petites figures à la perfection minutieuse, il consacre une grande part de son travail à la création de sculptures monumentales pour la place publique, souvent, pour les municipalités. Il partage ainsi son art avec des passants, qui peuvent s’arrêter et vivre, l’espace

d’un instant, les émotions que Ramon a capturées dans sa sculpture.


C’est le travail d’un artiste qui aime et admire la sensualité du corps humain et veut partager cet amour et cette admiration avec tout le monde. Ses créations sont si pleines de chaleur et d’énergie que lorsque je les regarde, je ne serais pas surpris de les voir se redresser et partir…



Victor Barker, écrivain australien.

Paris, juin 2003.


 
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